Balbutiements

Le mystère caché depuis les siècles

Mystère caché

(Ep. 3, 9)

"L'Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l'Agneau. Au milieu de la place, de part et d'autre du fleuve, il y a des Arbres de Vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois ; et leurs feuilles peuvent guérir les païens" (Ap 22, 1s).

En cette ultime vision, le voyant de Patmos entrevoit l'indescriptible Energie de la Trinité Sainte au coeur de la Jérusalem messianique, cette Eglise des derniers temps où nous sommes. Si nous nous laissons pénétrer par le fleuve de Vie, nous devenons des arbres de Vie.

Le fleuve de Vie est en effet parcouru par un élan de tendresse, par une attirance inouïe. L'Energie du Dieu Saint, sa Communion d''Amour, est habitée par un désir, une impatience, une passion : "demeurer chez les hommes" (Pr 8, 31).

Au commencement de l'homme - de tout homme - il y a cet épanchement d'amour au sein de la Trinité qui nous appelle à la vie dans un déchirement : du regard du Père en son Fils bien-aimé jaillit la Soif de Dieu, sa soif de l'homme. Ainsi, au commencement, naît la nostalgie de Dieu : l'homme... Mais il faudra parcourir bien des étapes pour aboutir à la margelle du puits où le Verbe nous attend : "Donne-moi à boire... Si tu savais lr Don de Dieu !" (Jn 4, 7-10)

Tout le drame de l'histoire est entre ce Don et cet Accueil : la passion de Dieu pour l'homme, et l'homme, nostalgie de Dieu. L'homme va-t-il accepter de devenir "Arbre de Vie", ou au contraire, prétendre en cueillir le fruit, "pour soi" ?

L'histoire va s'enfoncer de plus en plus dans le temps du refus, de la stérilité et de la mort, tandis que, cheminant dans sa kénose, le fleuve de Vie va faire éclore dans le silence le temps des promesses..

Le germe de la Résurrection est semé dans le temps de la mort. Par la foi, l'homme va commencer à devenir réponse, accueil, alliance.

La Plénitude du temps ou l'Avènement du mystère

La Manifestation

Depuis le commencement du temps, le fleuve du Mystère irrigue la terre des hommes pour qu'elle demeure habitable et prépare "sa demeure avec eux" (Ez 37, 27 et  Ap 21, 3).

La Manifestation dans la chair de la plénitude de la grâce est un mystère d'Onction : le Christ.

 

L'Heure de Jésus ou l'Evènement du Mystère

La Résurrection, jaillissement de la Liturgie

Cet avènement du Verbe de Vie dans notre chair et jusqu'au creux de notre mort mérite seul d'être appelé Evènement, puisque par lui tous les murs de la mort se sont écroulés et surgit la Vie. Cette Heure où le Verbe, dans un grand cri, livre son Souffle d'amour pour que vive l'homme, n'est plus dans le passé : elle est, elle demeure, elle traverse l'histoire et la porte.

Cette puissance inouïe du fleuve de Vie dans l'humanité du Christ ressuscité, voilà la Liturgie.

L'Ascension et la Liturgie éternelle

"Le fleuve de Vie qui jaillit du trône de Dieu et de l'Agneau" (Ap 22,1) cheminait caché dans le déroulement des temps, ceux de la Promesse et de la patience de Dieu. "Quand vint la Plénitude des temps" (Ga 4, 4), celui de l'Incarnation, il entra dans notre monde et assuma notre chair. A "lHeure" de la Croix et de la Résurrection, il jaillit du Corps du Christ, incorruptible et vivifiant : il est désormais Liturgie. Un temps nouveau commence alors à l'intérieur de ce "temps-ci" où, après sa défaite décisive, la Mort livre son combat sur tous les fronts, mais où la Pâque du Seigneur va pénétrer les profondeurs de l'homme et de l'histoire : ce sont les "derniers temps".

De même que l'Heure de Jésus est inséparable de sa Croix et de sa Résurrection, de même le "moment" où s'inaugurent les "derniers temps" est inséparablement celui de l'Ascension du Seigneur et de l'Effusion de son Esprit. La relation qui unit cette Heure et ce "moment"  est à chercher dans le déploiement de l'Energie divino-humaine dans laquelle le fleuve de Vie est devenu Liturgie.

L'Ascension est le reflux du fleuve de Vie vers sa Source, la Parole qui revient au coeur du Père après avoir accomplit sa mission (Is 55, 11). La Liturgie céleste célèbre l'évènement continuel du Retour du Fils - de tous en Lui - dans la maison du Père. C'est la fête, le festin, le repas, les noces même, du Bien-aimé avec son Epouse. Tout n'est pas achevé, mais l'Evènement de l'histoire est là, au coeur de la Trinité, et désormais un avec le Père il devient Source.

L'histoire n'est pas close dans l'Ascension ; au contraire, elle s'y déplie vers sa libération finale : les "derniers temps" sont ouverts. Chaque fois que l'Agneau ouvre un sceau du rouleau de l'histoire, retentit le même appel : "Viens !" Quel est donc ce mugissement des grandes eaux de la création en travail d'enfantement, dans le corps de l'homme et jusque dans les profondeurs de son coeurs (Rm 8, 22-27) ? Le flus et le reflus de la Liturgie céleste ne cesse d'entraîner le monde vers sa source et c'est alors que jaillit le fleuve de Vie en son ultime kénose : L'Esprit Saint.

La Pentecôte, avènement de l'Eglise

Nous ne connaissons pas d'autre Esprit du Dieu vivant que Celui qui s'épancha du côté du Christ livrant sa Vie pour nous et qui ressuscita ce même Jésus des profondeurs de la mort. L'Eglise est pétrie d'Esprit, d'eau et de sang. En elle, l'Esprit Saint, notre humanité et celle du Verbe incarné sont unis inséparablement. C'est cette "énergie" de la Nouvelle Alliance qui est désormais la "Liturgie et qui constitue l'Eglise, Corps du Christ en croissance dans ce monde. La Liturgie n'est pas une composante du mystère de l'Eglise, mais c'est plutôt l'Eglise qui est la condition actuelle de la Liturgie dans notre humainité mortelle. L'Eglise est comme le visage humain de la Liturgie céleste, sa présence rayonnante et transformante dans notre temps. C'est justement cette rencontre de la Liturgie éternelle et de notre temps qu'il s'agit maintenant de mieux découvrir.

Les "derniers temps" : l'Esprit et l'Epouse

Le Mystère des deniers temps

L'entrée de la Plénitude du temps dans notre temps mortel engage l'histoire dans une situation nouvelle et paradoxale. L'Heure de Jésus est là, et elle demeure, puisqu'en elle la mort est vaincue et la Vie est donnée ; mais, dans le même temps, la mort agit toujours et le monde est sous l'emprise de son mensonge. L'avènement de la Liturgie céleste a commencé dans l'Eglise avec l'effusion de l'Esprit Saint, et, cependant, on ne voit pas en quoi la création commence à être libérée de l'esclavage de la corruption (Rm 8, 21). Ainsi, au matin de la Pentecôte, le temps nouveau inauguré par l'Ascension surgit dans "ce monde-ci" avec l'avènement de l'Eglise : cette rencontre constitue les "derniers temps" où nous sommes (Ac 2, 17), et c'est la dernière étape de l'Economie du salut.

L'Esprit et l'epouse

C'est alors que la dernière vision de l'Apocalypse prend tout son sens. "L'Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l'Agneau. Au milieu de la place, de part et d'autre du fleuve, il y a des arbres de Vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois ; et leurs feuilles peuvent guérir les païens" (Ap 21, 1 s.).

Cette vision ne nous transporte pas après la Parousie, comme on le pense parfois : elle concerne la Jérusalem des temps messianiques, avant le Retour définitif du Seigneur. Il s'agit de l'Eglise, ici et maintenant, puisque la puissance du mal existe encore et que les nations peuvent être guéries.

L'Eglise - l'Epouse - est le lieu même de la kénose de l'Esprit Saint. Ce que l'Esprit du Père avait réalisé pour la Vierge Marie dans la Plénitude du temps, il le réalise maintenant, comme Esprit du Christ crucifié et ressuscité, pour l'Eglise dans les derniers temps. De même que Marie, en devenant Mère du Verbe incarné, a inauguré en elle la Plénitude du temps par l'Energie de l'Esprit Saint, de même, mais cette fois jusqu'à la consommation du temps, l'Eglise devient Epouse et Mère par l'Esprit de Jésus qui habite en elle. Voilà les derniers temps : l'Esprit et l'Epouse. l'Eglise est manifestation de l'Esprit Saint parce qu'elle en est la kénose.

l'Amour déchiré du Père et la Passion du Fils s'épanchent dans l'abîme de notre mort par la kénose de l'Esprit manifestée dans l'Eglise.

L'Esprit Saint et l'Eglise dans la Liturgie

L'Esprit Saint, dont la source éternelle est le Père, est envoyé dès le commencement des temps avec le Fils et pour lui. Il est la mission maternelle du Père auprès des hommes pour qu'ils connaissent le Fils, lui soient incorporés et communiquent sa Vie. C'est pourquoi il est au coeur des hommes l'attirance du Père vers Jésus, sa passion pour son Fils et tous ces enfants, sa Communion répandue à profusion. Dans le Corps du Christ et jaillissant de lui, l'Esprit Saint est comme l'impatience de la Gloire du Père pour que l'homme vive. Désormais, dans ce Corps qui a vaincu les limites de la mort, l'Esprit agit avec puissance. Et quand il suscite en nous la réponse à son Energie multiforme, l'Esprit et l'Eglise ne font plus qu'un dans une étonnante "synergie" : la Liturgie.

La lumière au triple rayonnement

Une en son mystère, la Lumière de la transfiguration est triple en son rayonnement, selon les trois temps de l'Economie du salut que vit le corps du Christ.

- Le Paraclet, le nouveau Précurseur de la Venue de Jésus dans la Gloire, purifiera notre regard de sa Lumière silencieuse ; il nous fera passer de nos visions charnelles à la pure connaissance de la foi.L'Esprit Saint jaillit du Christ comme Pénitude des temps et nous y fait participer. Il nous transfigure en illuminant d'abord les yeux de notre coeur. Nous devenons alors "contemporains" de l'Heure de Jésus. C'est l'Aujourd'hui de la Liturgie.

- Nous ayant éveillé au don gratuit de la foi, l'Esprit Saint peut alors pénétrer de sa Lumière vivifiante l'Image défigurée qu'est l'homme et la transfigurer. Il peut atteindre nos ténèbres dans le retranchement de la mort. Si la Lumière se laisse participer par nous en devenant notre foi, c'est afin que nous lui offrions tout notre être et que nous devenions de plus en plus Lumière. Cette Energie, on le pressent, nous atteint au plus profond de notre condition mortelle; elle est l'Energie propre aux derniers temps, celle par laquelle l'Esprit Saint cherche à nous transformer dans le Corps de Gloire du Seigneur.

- Enfin, s'il nous est donné de "croire en son Nom" et si nous avons reçu "le pouvoir de devenir enfants de Dieu"  (Jn 1, 12), c'est pour être envoyés dans ce monde-ci, comme Lui-même l'a été par son Père. Son Esprit nous a fait renaître afin que par nous sa Gloire soit manifestée à d'autres et que eux aussi soient transfigurés dans le Corps du Seigneur.. Cet ultime rayonnement de la Lumière vivifiante est orientée à communiquer la Réalité qui est le Corps du Christ, à insérer dans sa Communion les enfants de Dieu dispersés. Dans cette troisième Energie, l'Esprit et l'Eglise sont dans la synergie la plus intime qui soit puisqu'ils sont livrés l'un à l'autre dans une même mission d'amour.

La Manifestation du Corps du Christ

La tragédie première de l'histoire est que le Verbe vient chez les hommes, lui, leur Lumière et leur Vie, et que les hommes ne le reconnaissent pas. Il est au milieu de nous, dans la Réalité de son Corps, comme Quelqu'un que nous ne connaissons pas (Jn 1, 9 s. et 1, 26). 

C'est qu'il ne peut être connu de l'extérieur. La merveille de l'Esprit Saint est alors de nous le révéler de l'intérieur dans l'engagement personnel de celui qui le reçoit. C'est pourquoi la premièreà qui l'Esprit Saint manifeste le Corps du Verbe est sa Mère, la Vierge Marie : elle reconnaît son fils et son Dieu parce qu'elle le conçoit dans la foi et le porte dans l'espérance. Elle est ainsi l'Eglise, personnellement, dans la Plénitude du temps.

Depuis que l'Eglise a pris Corps à la Pentecôte, il en va toujours de même : l'Esprit manifeste Jésus à des êtres assez pauvres pour croire en lui, tout quitter pour lui et devenir capables de le porter dans la tribulation. Le Corps du Seigneur devient l'évidence première et éblouissante de nos vies dans la mesure où nous renonçons à nous-mêmes et le recherchons par amour.

 

 

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