2ème dimanche ordinaire

 “Je ne suis pas le Christ”, c’est ainsi que se présente Jean, le Baptiste. Se définir de manière négative cela n’augure rien de bon. Et pourtant c’est ainsi que cet homme trouve son identité. Dans cet évangile de Jean où le Christ n’aura de cesse d’énoncer “je suis”, le Baptiste lui ouvre une voie. Ce “je ne suis pas” n’est nullement le fruit d’une mauvaise jalousie qui lui ferait convoiter ce qu’il n’a pas.

Ses paroles sont soutenues par tout autre chose. Il dit que précisément, on peut donner à l’autre même ce que l’on n’a pas. Autrement dit, on peut lui offrir de son manque, de son désir, de son attente, bref de son espérance. Jean-Baptiste représente le chrétien qui est appelé à vivre authentiquement : rendre droit le chemin du Seigneur, c’est-à-dire préparer, pour un autre que soi-même, la venue de ce que l’on n’a pas.

La position symbolique du Baptiste, c’est de restaurer l’attente et, pour cela, ouvrir un peu de place, dégager de l’espace au cœur de ce qui encombre trop et qui rend parfois incapable d’accueillir quoi que ce soit de nouveau. Il y a tellement de choses, en effet, qui peuvent fermer notre existence sur elle-même.

Notre vie peut se fermer sur un jugement définitif, ou bien sur une souffrance qui nous rend inaccessible à toute parole de consolation, à tout geste de compassion ; ou encore notre vie peut se fermer sur le sentiment de bien-être que procure parfois la possession de biens… On peut également s’interroger sur ce que Jean entend par “Christ”. Il commence par le définir comme celui qu’il ne connaît pas. Il ne sait de lui qu’une chose : “Je ne suis pas digne de délier la lanière de sa

sandale.” Sa seule connaissance, c’est la reconnaissance de la transcendance de celui qui vient. En cela, il s’oppose à ceux qui attendent un Messie glorieux qui répondraient à leurs attentes. Le Christ sera tout autre, il va leur échapper. Il ne se présentera pas dans la puissance, mais dans la mise au service.

Nous croyons toujours que nous savons ce dont nous avons besoin pour notre vie, pour être heureux, pour être apaisé, pour être plus vivant. Or rien ne peut venir de nouveau si nous savons déjà, par avance, ce qui doit venir.

Alors “Christ” signifie attendre non pas ce qui est déjà venu, ce qui est déjà connu, mais c’est accueillir l’inattendu, ce qui vient pour nous, au moment où nous ne pouvions pas le prévoir.

Et ainsi entendre qui nous parle, qui nous console, qui nous remet en route, et nous donne assez de courage pour être et pour agir.