Mercredi des Cendres

Revenez à moi. Dans la première lecture le prophète Joël s’écrie au nom du Seigneur:  Revenez à moi de tout votre coeur . Revenir, pour un randonneur, cela signifie souvent retourner en arrière, quand on s’est trompé de chemin et qu’on s’éloigne de plus en plus du but, au risque de se perdre complètement. Nous savons que le peuple d’Israël a été sans cesse tenté de s’éloigner de Dieu et de se perdre en quelque sorte dans le désert. C’est pourquoi, chaque fois qu’il s’éloignait, le Seigneur lui envoyait des prophètes pour dire: «  revenez en arrière , rectifiez le sens de votre marche, reprenez la bonne celle du Seigneur : comme le fils prodigue retourne chez son Père. Et le Seigneur nous dit surtout : Revenez à moi! . Et le prophète ajoute pour nous motiver : Revenez à Yahvé, votre Dieu, car il est tendresse et pitié.

Sur quoi ai-je à « revenir » ?
La 2 e lecture nous a dit : c’est maintenant le moment favorable. Pour les scientifiques, il y a des créneaux favorables pour lancer une fusée et lui permettre de se libérer plus facilement. Le carême est, dans l’année liturgique un créneau favorable pour nous libérer de nos pesanteurs. Une fois mis en œuvre les premiers efforts nous pourrons monter très vite, comme la fusée ! Ce sont toujours les premiers pas qui coûtent dit-on… . Nous ne sommes pas faits en tout cas pour rester sur place, mais pour nous mettre en mouvement, nous « élever » .

Le cœur
Les énergies qui peuvent nous libérer de toutes nos pesanteurs sont connues de toutes les traditions spirituelles. On les met en général dans trois catégories : la prière, l’aumône (c’est-à-dire le partage et la solidarité), et le jeûne ou le renoncement à nos penchants trop faciles, en particulier dans le boire et le manger. Jésus, dans l’Evangile, nous donne le secret qui nous conduira à une véritable libération : c’est dans le « cœur » que, selon toute la Bible d’ailleurs se joue le destin de l’homme. A quoi servirait en effet de jeûner extérieurement, par convention sociale, et plus encore, pour se faire valoir si cela n’état pas lié à une réelle volonté personnelle de conversion profonde. C’est le cœur qui nous inspirera de beaux gestes discrets de réconciliation entre nous, avec nos proches, et avec Dieu, de beaux gestes d’aumône ou de partage aussi, de vraies privations qui nous libéreront de nos dépendances. C’est le coeur aussi qui nous inspirera de réserver la meilleure part à la prière, ce « coeur à coeur » avec Dieu.

Le «signe » des cendres
Nos gestes de Carême ne seront pas des performances, mais de signes de cette mort-résurrection qui est à l’œuvre en nous depuis notre baptême : n’ayons pas peur de prononcer ces mots, pas plus que celui de sainteté. Le geste des cendres évoque d’abord un mot que nous n’aimons pas regarder en face. Mais n’oublions pas les cendres elles-mêmes ne sont pas que poussière : elles sont aussi une ressource qui va améliorer la terre et la rendre plus disponible à accueillir la vie nouvelle. Ainsi le geste des Cendres, ce sera d’une part le signe de notre volonté de brûler en nous ce qui est devenu desséché,  de prendre aussi conscience de la finitude de notre vie puisqu’un jour il ne restera plus grand chose de notre corps ; mais ce sera aussi l’occasion de prendre conscience du temps précieux qui nous est donné pour accueillir, « féconder » la vie, une vie qui ne finira pas.

Orientations.
Les quarante jours du carême correspondent bien dans nos pays à l’arrivée du printemps : faisons éclater à nouveau en nous les bourgeons de la « vraie vie », de la  libération de la « Pâque ».